Quand on n’a pas encore rassemblé ses pensées, il reste les impressions. 

 

Les bouches crépitent.
Les gorges déployées éparpillent la colère en salves.
Les doigts tendus des stratèges croisent le fer, aiguilles d’une horloge absurde.
Par terre le sang froid, perdu en vain.
Partout le sang chaud, laissé aux flammes des prêcheurs.
Les yeux s’égouttent au rythme des cadavres.
La peur transpire des pores téméraires.
Demain le fer transpercera de nouveau nos chairs comme des fruits à peine mûrs.
Mais le rouge de la nuit n’est pas indélébile.
A l’aube, les montagnes dominent toujours nos villes,
Et la mer n’a que faire des vautours en cortège ;
Car les vœux d’apocalypse au matin s’évanouissent.
Alors les innocents tressent leurs impuissances dans une cordée sans fin,
Sans un regard pour ceux qui marchent en cadence.
Sans un regard pour l’armée des saoulés de violence.